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INTRODUCTION
Saint-Laurent-Blangy est une ville riche en histoire. Née il y a 2500 ans, notre ville n'a cessé d'évoluer : Nous vous proposons d'en découvrir l'histoire.

DU MOYEN AGE AU XIIIe SIECLE

LA CHRISTIANISATION ET LA RENAISSANCE TIMIDE

L`installation des Francs Saliens, vers l`année 450, marque la fin de la domination romaine. Au siècle suivant, saint Rémy envoie Saint Vaast dans le but de christianiser la région. Saint Vaast (mort en 540) installe dans Arras en ruines, un petit ermitage.

C`est à partir de 620 ou 630, au temps de Dagobert, que débute un effort de pénétration chrétienne... L`enseignement des cimetières est des plus clairs : les rites païens y sont perceptibles jusqu`à l`aube des temps carolingiens .Cela s`avère au moins exact dans les villages semblables à Saint-Laurent car à Arras les fouilles de la place de la Préfecture, dirigées par Alain Jacques, laissent apparaître une chapelle chrétienne datée de 380 à 420 de notre ère (campagne de 1991).

Après 660, l`ermitage de Saint Vaast est relevé, dit-on, par saint Aubert. Il va devenir la puissante Abbaye Royale Saint-Vaast qui tient un rôle important dans le développement de notre commune. À la demande de Vindicien, successeur de saint Aubert, le roi Thierry III, petit-fils de Dagobert, en expiation du meurtre de saint Léger, dote très richement, vers 678, l`Abbaye Saint-Vaast. Il peut être considéré comme le véritable " fondateur " de ce monastère qui, en 867, abrite 112 moines.

Durant les siècles précédents, notre village a probablement été délaissé par ses habitants. Les marais et les broussailles ont remplacé les champs cultivés et les routes tracées lors de la période gallo-romaine.

Tapisserie d`Arras du XVe siècle – Saint Vaast apprivoisant l`ours.
Musée des Beaux Arts d`Arras

Sous l`impulsion des moines de Saint-Vaast, malgré les invasions normandes et les raids des Vikings de la décennie 880-890, Saint-Laurent, comme l`Artois, renaît progressivement. Notre village continue son lent mais sûr développement, comme l`attestent les textes du XIe siècle.

Le " Privilège " de Charles le Chauve, sur les biens accordés à l`Abbaye en 866 cite : " Herbincurtem et Inbonicurtem, mansas X.cum Longobraye ". Bien que cette identification et l`acte lui-même aient fait couler beaucoup d`encre, il est possible de lire : " Hervin, Imercourt et la Longuinière ", trois lieux-dits de Saint-Laurent-Blangy

Mais ce n`est qu`à la fin du XIIe siècle que les documents plus nombreux permettent de " jeter une obscure clarté " sur les territoires qui vont former notre ville.

Sur un plan actuel, le Saint-Laurent-Blangy des années 1180 - 1220

 

1180 : DÉVELOPPEMENT " TOUS AZIMUTS "

À la question : " Comment s`est formée Saint-Laurent-Blangy ? " de nombreux Immercuriens, guidés par le nom " bicéphale " de la commune, répondent : par la réunion de Saint-Laurent et de Blangy, la première sur la rive gauche et, la seconde, plus en amont, sur la rive droite. Près des ponts, la mairie et l`église assurent la liaison de l`ensemble. Globalement cette réponse est juste et le fait d`y associer l`artère importante que forme la Scarpe relève du parfait bon sens. Cependant l`essor de la commune est bien plus complexe et nous avons choisi la date de 1180 pour essayer de résumer la situation des territoires qui vont progressivement constituer Saint-Laurent-Blangy. Cette période charnière voit s`achever la domination des comtes de Flandre (867-1191) et poindre celle des comtes d`Artois (1191-1384). C`est surtout l`époque pendant laquelle le moine Guiman de Saint-Vaast rédige son fameux " Cartulaire ", source de nombreuses informations concernant notre histoire locale.

Ce n`est pas autour d`un clocher, comme dans bien des villages environnants ou d`une abbaye comme à Arras, que la population est depuis plusieurs siècles venue se cristalliser mais près de trois églises : Saint-Laurent, Saint-Michel et Notre-Dame-du-Bois de Mofflaines.

Hervin, Imercourt, Razincourt (sur la rive gauche), Fosses-les-Markisiel, Blangy, Vaudryfontaine et Mofflaines (sur la rive droite) avaient aussi leur propre identité territoriale.

Cette richesse historique de notre commune explique, dans une certaine mesure, l`attachement de nos ancêtres à leur terroir et l`acharnement qu`ils ont mis, après le passage de chaque guerre, à en relever les ruines.

Hervin :

Ce territoire, autonome jusqu`à la Révolution, jouit d`une " Coutume " particulière que Saint-Vaast fait reconnaître au XVIe siècle. La possession par cette abbaye n`a jamais donné lieu à de sérieuses contestations. Ce bien propre de l`Abbaye, où l`abbé y avait fait édifier un hôtel, est donné à ferme dans sa presque totalité, d`où le nom de Cense d`Hervin qu`il porte toujours. À la Révolution, Hervin, d`abord englobé dans la commune de Saint-Laurent, en est séparé quelques années avant de revenir en majeure partie à cette commune.

Imercourt :

L`Abbaye de Saint-Vaast revendique toujours la possession du village d`Imercourt construit autour de l`église dédiée à saint Laurent. Elle s`appuie sur le privilège accordé par Charles le Chauve en 866, dont l`authenticité est douteuse. Même si cette charte a été fabriquée... pour les besoins d`un procès, elle montre la volonté de l`Abbaye de justifier à tout prix sa souveraineté contestée. Trois points intéressant notre commune sont à verser à ce dossier : la mouvance de la Brayelle, réglée en 1588 lors de l`érection en baronnie de ce château (Bull. C.A.D. tome 4 page 409), celle du fief d`Imercourt proprement dit, discutée jusqu`à la Révolution (voir 3e partie) et le droit à la nomination du curé de Saint-Laurent, fixé en 1093 (Cartulaire de Guiman page 64).

La possession de l`église sous la féodalité, ce que l`on appelle la seigneurie de clocher, est très importante. Elle détermine le seigneur principal du lieu, celui qui, pourvu du droit de dîme pour l`entretien de l`église et du curé, domine les autres seigneurs, nomme l`échevinage et exige un droit de relief à chaque mutation. Pour comprendre ce litige, il nous faut remonter dans le temps. À côté de l`antique " Cité " d`Arras, siège de l`Évêché, la " Ville " se développe sur les terres de l`Abbaye de Saint-Vaast et des églises se construisent dans Arras Ville et sa banlieue. Lors du rattachement du diocèse à Cambrai, l`Abbaye, forte de ses quatre siècles d`existence, exerce sa prédominance sur la région.

Lorsqu`en 1099 un évêque résident est de nouveau nommé, les contestations commencent. Le nouveau prélat, devant l`inertie de Reims soutenant Cambrai, doit aller se faire sacrer à Rome et se montrer conciliant avec l`Abbé. Un concordat règle le partage des églises et l`évêque Lambert, sous forme de privilège, accorde notamment à Saint-Vaast, en 1098, Athies, Bailleul, Feuchy, Imercourt et Mofflaines. Dans le même temps, Tilloy et Beaurains, Écurie et Roclincourt, Bôves Saint-Nicolas restent la propriété du Chapitre cathédral de l`Évêque. Cet arrangement est confirmé par le pape Pascal en 1103. Néanmoins, la " cueillette " de la dîme se trouve, jusqu`à la Révolution, partagée entre ces deux puissances.

Razincourt :

Il est possible que ce fief de l`Abbaye de Saint-Vaast à Saint-Laurent ait fait partie, à l`origine, du peuplement de Bôves-Méaulens devenu le village de Saint-Nicolas.

Fosses :

Fosses et Saint-Michel. Ce hameau de la banlieue civile et criminelle d`Arras s`étend entre la ville et le château de Bellemotte, incluant les fiefs de Loiselet et du Luiton. À côté de l`église paroissiale de Saint-Michel, s`établit une Prévôté de Saint-Vaast jouissant, à l`intérieur de ses murs, de privilèges spéciaux.

Le terme de Fosses laisse penser au site fossoyé d`un château. En face, de l`autre côté de la Scarpe, on cite, en 1290, " li grant fosse " alimentée par les eaux de la rivière et entourant une presqu`île sur laquelle s`élève le château de Bôves-Méaulens.

Fosses fait l`objet de nombreux procès entre l`Abbaye et l`Échevinage. Il est régi par une " coutume " particulière, reproduite par C. Le Gentil dans la Prévôté Saint-Michel (Mém. Académie de 1878, page 194). Détruit par les Arrageois en prévision du siège de 1640, sa reconstruction est interdite. Seuls, les fiefs de Loiselet et du Luiton qui n`entrent pas dans la zone de défense (400 pieds), sont rattachés administrativement à Blangy et religieusement, comme cette commune, à la paroisse Sainte-Croix d`Arras. À la Révolution, une grande partie de Fosses est englobée dans la ville d`Arras.

Blangy :

La situation légale de Blangy (entre les actuelles rues du docteur Mellin et Laurent-Gers) n`est pas simple. Blangy, bien que dépendant de l`Abbaye de Saint-Vaast, est considéré par l`échevinage d`Arras comme sa banlieue criminelle, mais n`appartient pas à sa banlieue civile. " Item du côté de la Porte Saint-Michel allant vers Douay la banlieue d`Arras s`étend jusque par de là le luton ou estoit par cydevant planté l`ancien perron joignant l`héritage du château de Bellemotte, c`est à l`échevinage... et par-delà (c`est à) Saint-Vaast et la Gouvernance ". Un autre perron, à l`emplacement du calvaire actuel, marque la fin de la banlieue criminelle d`Arras.

Le chemin d`Arras à Feuchy (rue Gustave Colin) marque la limite entre Blangy et Saint-Sauveur d`Arras. Le moulin des Trois Éclistres (bâti au XVIe siècle sur Arras) dépend du Château d`Arras et non de la Salle Abbatiale de Saint-Vaast.

Vaudry-Fontaine :

Vaudry-Fontaine, entité territoriale composant notre commune, s`étend entre Blangy et Mofflaines, autour de la célèbre fontaine. Détruit rapidement par les guerres, il ne figure plus dans le dénombrement des feux de 1469. Seules, la ferme de Saint-Vaast, une auberge et quelques maisons sont relevées, mais leur rattachement à Blangy, à Saint-Laurent ou à la Court-au-Bois n`a jamais été véritablement tranché. La construction de la nouvelle prévôté ne modifie pas ce flou car cette dernière bénéficie des privilèges de l`ancienne.

À la Révolution, Verdevoy, maire de Saint-Laurent sous la Terreur, achète la prévôté comme bien national. Vaudry-Fontaine semble de fait rattaché à Saint-Laurent plutôt qu`à Blangy, mais nous n`avons trouvé aucun décret à ce sujet.


LES TERRIBLES GUERRES DES XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES

Située sur la route naturelle des invasions venues de l`est, la ville d`Arras occupe pendant plusieurs siècles une position frontière entre les deux grandes puissances de l`époque : les rois de France et les ducs de Bourgogne (ou leurs successeurs), toujours prêts à s`arracher l`Artois septentrional. Pour le malheur de nos ancêtres, Saint-Laurent et (ou) Blangy sont les passages souvent choisis par les envahisseurs. Ces communes souffrent beaucoup plus que la ville abritée par ses fortifications et prête éventuellement à négocier une capitulation.

Saint-Laurent-Blangy au cœur des combats du siège d`Arras en 1640.

Les sièges de 1640 et 1654

1640 est certainement la date la plus noire de l`histoire de notre commune. Elle symbolise une période d`une vingtaine d`années, débutant en 1635, qui marque la période française de la guerre de Trente Ans. Nos intentions ne sont pas de décrire les faits historiques et militaires si bien narrés dans les différentes " Histoire d`Arras " ou dans les livres d`A. d`Héricourt et d`Advielle. Relevons simplement les faits purement locaux.

Une fois n`est pas coutume, l`épidémie de peste précède le siège. Le bacille, amené par les troupes croates en 1635, se déclare dans les prisons de la Cour-le-Comte à Arras et gagne la ville. Le magistrat relègue les malades aux Pestiférés de Saint-Michel et dans des cabanes du marais de Saint-Nicolas, proches de Razincourt. Ces marais deviennent bientôt un foyer d`infection qui envahit la vallée de la Scarpe et reprend, l`année suivante, avec encore plus de virulence.

En exécution de la résolution du conseil de guerre, tous les faubourgs de la ville sont nivelés en prévision du siège. L`église Saint-Michel, la prévôté Saint-Michel, toutes les maisons et tous les châteaux de Fosses sont arasés jusqu`aux fondations. Il semble que les défenseurs d`Arras ne s`arrêtent pas à la zone stratégique de 400 pieds. Selon toute vraisemblance, d`innombrables dégâts à Blangy, Vaudry-Fontaine et Saint-Laurent, datent de ce moment.

L`attaque décisive des Français est portée, à partir de Saint-Michel, sur les fortifications de la ville entre la porte Saint-Michel et le bastion de la Geôle (sortie des eaux du Crinchon). La capitulation d`Arras est signée à Blangy le 9 août 1640 au quartier général du maréchal de la Meilleraye. Elle n`apporte pas la paix escomptée car les coups de main se poursuivent dans la région. Ainsi, Lens est prise deux fois en 1641. Les Français s`en emparent en 1645 et les Espagnols en 1647. La victoire de Lens, en 1648, permet un léger répit. En 1652, une armée française campe entre Saint-Laurent et Arleux. C`est le prélude d`un nouveau siège d`Arras. Les Espagnols vont tenter de reprendre la ville en 1654. Le Prince de Condé commande une armée forte de 28 000 hommes. Il campe son quartier général à la Court-au-Bois et y laisse le Prince de Ligne et la cavalerie espagnole. Pris à revers par le grand Turenne, établi à Monchy-le-Preux, il subit de lourdes pertes. À la tête de sa cavalerie, le Prince de Condé vient sur la rive gauche de la Scarpe en empruntant le pont de Blangy pour protéger le repli de l`armée assiégeante. Il évite ainsi une véritable déroute.

Notre commune doit encore attendre l`année 1659 et le traité des Pyrénées pour voir la fin de ses misères car ce traité donne définitivement l`Artois, sauf Saint-Omer et Aire-sur-la-Lys, à la France.

Saint-Laurent en 1739

Les misères de 1708 à 1711

Saint-Laurent espère ne plus jamais voir sa population décimée et ses maisons détruites. Malheureusement, à partir de 1708, elle connaît les méfaits de la querelle dite de la succession d`Espagne : un détachement d`Impériaux venant de Vimy " lève des contributions " (doux euphémisme) dans la commune, se porte sous les murs d`Arras et, au retour, incendie Saint-Nicolas. Au mois de juillet c`est au tour de Roclincourt de subir le même sort. L`année suivante Dame Nature s`y met aussi. Un froid sibérien succède immédiatement à la pluie, la veille des Rois, et il gèle à pierre fendre jusqu`au 2 avril. La récolte sera catastrophique et les arbres fruitiers résistants, comme les pruniers, meurent. En 1710, le maréchal de Villars dîne le 29 mai à la prévôté Saint-Michel avec l`infortuné Jacques III et le duc de Bourbon-Condé. Il passe le pont de Blangy et installe son quartier général sur le mont de Saint-Laurent, face à l`armée ennemie. Pendant plus de huit mois les deux armées se livrent à des marches, à des contremarches continuelles sans oser en venir aux mains. La moisson, qui promet d`être bonne, est anéantie et les environs d`Arras sont complètement dévastés. Le 23 avril 1711, Villars vient encore une fois à Arras en espérant surprendre l`ennemi mais rien ne se passe. Le 25 juin il s`installe de nouveau à la prévôté tandis que le duc de Bourbon installe son quartier général dans l`Abbaye d`Avesnes. La prise d`Arras n`est pas tentée par les coalisés en 1711. Elle reste néanmoins un objectif. L`année suivante, les troupes anglaises se portent sur la Court-au-Bois et les combats se déroulent du côté du faubourg Ronville. Une bombe tombe même sur la demeure arrageoise de Philippe le Carlier, le sieur du Metz de Hées. Heureusement le gouvernement anglais lâche ses alliés et la bataille de Denain sauve la France. L`étranger ne reparaîtra pas à Saint-Laurent-Blangy avant l`invasion de 1814.

 

LA RENAISSANCE DES VILLAGES

Vers le milieu du XVIIIe siècle, la situation s`améliore. Après le traité d`Aix-la-Chapelle, alors que la France décline sans cesse sous le pouvoir débile de Louis XV, Arras et sa région vont jouir d`une prospérité toujours croissante jusqu`à la Révolution.

 


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