SECONDE PARTIE : DU NÉOLITIQUE À LA FIN DE LA PÉRIODE GALLO-ROMAINE
Premiers témoignages d`une occupation humaine
Entre le VIe et le Ve millénaire avant notre ère apparaissent les premiers signes d`un nouveau genre de vie… L`éveil d`un monde rural en opposition avec ce qui avait toujours été. Jusqu`alors et au fil des millénaires, l`Homme avait été chasseur ou pécheur, un ramasseur de coquillages et de racines, un cueilleur de baies et de graines, un nomade se paléolithique se déplaçant au rythme des saisons. Et voilà que, par contact et surtout par colonisation, des populations d`agriculteurs et d`éleveurs vinrent rompre cette cet équilibre ancestral.
Les témoignages de cette évolution sur le territoire de la commune sont malheureusement peu nombreux et ne permettent pas un développement important de ce sujet.
LES ÂGES DES MÉTAUX :
L'Âge de Bronze
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Vers la fin du IIIe millénaire, la métallurgie naissante ne servit pas à fabriquer des outils mais des parures et des armes bien fragiles, en cuivre ou en bronze (Âge du Bronze Ancien). Elle ne bouleversa donc pas directement la vie des agriculteurs. C`est seulement à partir du XIV° siècle avant notre ère que l`on observe une bonne maîtrise des alliages cuivre étain, et l`avènement d`une véritable métallurgie du bronze qui permet la fabrication d`outils réellement efficaces. Ce sont, en particulier, des haches qui furent produites en série par des bronziers spécialisés. (A gauche Exceptionnel vase campaniforme de l`Age de Bronze découvert sur le site d`Actiparc (dessin G. Blancquaert, INRAP)). |
Premier Âge du Fer (530 à 475 avant J.C.)
Aux alentours de 1000 avant notre ère, les sols sont occupés très intensément, à tel point que dans certaines régions on peut évaluer une densité de villages équivalent à la densité actuelle. A cette période, la déforestation, qui date pour ses débuts de vers 1500 avant J.-C., a libéré de grands espaces pour l`agriculture.
C`est dans ce monde très ouvert que s`introduit progressivement la métallurgie du fer, moins contraignante du point de vue de l`approvisionnement en matière première. A Saint-Laurent-Blangy, des éléments datant de cette période ont été localisé rue des Rosati sous les vestiges d`une Villa Gallo-romaine. Cinq structures ont livrés du mobilier (essentiellement des vases) attribuable au premier Âge du Fer : Quatre fosses à l`est du site (F.87, F.92, F.93 et F.94) et un fossé à l`ouest (F.10). Ce fossé, réalisé dans le sens de la pente, a pu être suivi sur une longueur de 21 m. Il mesure 70 cm de large et 50 cm de profondeur. Il présente un profil en forme de U ouvert. Il s`agit probablement d`un fossé de drainage et (ou) d`une limite parcellaire.
Les fosses F.92, 93 et 94, malheureusement coupées par un fossé Gallo-romain (F.49), ne présentent pas d`organisation particulière, mais paraissent appartenir à un même ensemble. Leur remplissage fait apparaître une reconversion rapide en dépotoirs. Ces données peu caractéristiques ne nous autorisent pas à donner une fonction primaire précise à ces structures.

Localisation des structures Hallstattiennes. Les fosses F.92, F.93 et F.94 sont coupées par un fossé gallo-romain. Les autres fossés sont de la Tène finale.
Second Âge de Fer (475 à 50 avant J.-C.)
A partir du IIIe siècle avant J.-C., les mutations de la société gauloise vont s`accélérant. Les premiers monnayages accompagnent l`essor d`un artisanat hautement spécialisé et le commerce croissant de produits de consommation courante avec le monde latin (vin, dont on retrouve cette fois les amphores en quantité sur tous les habitats, et céramique). A la même époque émergent des peuples qui se constituent en puissance économiques organisées en cités ou en royaumes (Ambriens, Nerviens ou Atrébates…).
C`est sur le site des Chemins Croisés que l`on a découvert des structures de cette période sous la forme de trois tombes à incinération. Deux sont attestées par des restes d`ossements incinérés, la troisième semble, malgré l`absence d`éléments déterminants, être aussi une tombe de ce type.

Les Chemins Croisés. Sépultures ST1, ST2 et J.00
Dans la première sépulture (ST1), seuls quelques ossements et tessons de céramiques ont pu être récupérés. Deux vases accompagnent le défunt.

Dans la seconde (J.00), la fouille a permis de recueillir les ossements appartenant à un adulte et à un enfant, les restes de trois vases et un fragment de fibule en fer (épingle de manteau). Une des poteries est presque complète. Il s`agit d`une petite situle à la panse couverte d`impressions réalisées à l`ongle.

Quatre vases au moins se trouvaient dans la troisième tombe (ST2). L`élément le plus intéressant présente une panse tronconique ornée d`une combinaison de crêtes parallèles, rectilignes ou courbes, façonnées par pincée et disposées souvent en champs à sillons de direction différente.
En conclusion et selon le Service Archéologique d`Arras, responsable de la fouille, les incinérations auraient eu lieu au cours de la première moitié du IIIe siècle avant J.-C.
Un habitat ouvert implanté au bord de la vallée de la Scarpe
C`est durant ces trois derniers siècles avant notre ère que se met en place le paysage rural traditionnel, tel que nous le connaissons encore aujourd`hui.
C`est dans ce cadre que se situe le site archéologique de la zone industrielle Est, fouillé en 1979 et 1980. En limite sud du territoire de Saint-Laurent-Blangy, se site à révélé de nombreuses structures correspondant à un habitat ouvert dont les éléments les plus anciens sont attribuables à la Tène ancienne. Malgré la forte érosion des vestiges, des observations ont pu cependant être effectuées sur l`organisation spatiale de cette exploitation.

L`habitat semble épars à l`intérieur d`un périmètre limité par un réseau de fossés non défensifs, probablement destinés à la protection du cheptel contre d`éventuels prédateurs. Les habitations non jointives se composent de deux ou trois constructions de dimensions variables mais de forme rectangulaire. Elles sont formées de poteaux enfoncés dans le sol reliés par des clayonnages enduits d`argile crue qui constituent les murs de la structure. Elles sont séparées du groupe suivant un espace vide d`occupation : culture, verger.

A gauche, relevé d`une cabane du site de la zone industrielle Est d`Arras. A droite, reconstitution d`une demeure gauloise
Chacune de ces unités d`habitations est pourvue d`une ou plusieurs fosses silos pour la conservation des denrées alimentaires. Des témoignages d`activités domestiques sont fréquents comme le tissage avec la découverte de fusaïoles, de poids de métier à tisser. La fabrication de laitage est attestée par la présence de faisselles,le travail du cuir par les poinçons.

Céramiques gauloises du site de la zone industrielle Est d`Arras
L`occupation au second Âge du Fer sur le site d`Actiparc
Extrait du Bulletin de la Commission Départementale d`Histoire
et d`Archéologie du Pas-de-Calais
A l`exception de quelques rares indices datés de l`Âge du Bronze, dont un exceptionnel vase campaniforme très proche de ceux découverts à Wallers (jadis appelé Wallers-Aremberg) prés de Valenciennes, et d`une petite zone arasée du Premier Âge du Fer, la place est totalement investie vers le IIIe siècle avant notre ère. Les hommes ont occupé un vaste replat de 180 hectares, aux contours relativement incisés, qui offrait une position naturellement dominante sur le paysage alentours. Depuis la vallée de la Scarpe, si l`on désirait progresser vers le nord du pays atrébate, on pouvait emprunter un petit chemin creux qui était, semble-t-il, l`unique moyen d`accéder au domaine celtique.
De part et d`autre de ce chemin et jusqu`aux marges des limites du domaine se répartissaient cinq voire six fermes. Ces exploitations agricoles présentent un grand nombre de points communs. Leur taille et la structuration des parties enclose, la position des entrées invariablement situées a sud-est et la nature du mobilier archéologique extrait sont autant de points de comparaisons qui autorisent, avec toute la prudence qui s`impose, une filiation ou tout au moins une forte unité, qu`elle soit architecturale ou « sociale ». Ces petits établissements s`organisent ainsi toujours à partir d`un enclos principal, qui borne la ou les maisons de terre et de bois ainsi que l`aire d`ensilage et de stockage des céréales. Parfois, il fut possible d`observer les lieux des sépultures contemporains, composés de petits groupes de tombes secondaires à incinération dont les dépôts céramiques et métalliques sont au demeurant relativement modeste.
Restitution de l`ensemble du terroir à la fin de la période laténienne sur l`emprise d`Actiparc (DAO-INRAP-SAM)
L`EPOQUE GALLO-ROMAINE
La fin de l`indépendance gauloise mise en évidence sur l`emplacement des fouilles archéologiques du site d`ACTIPARC
Extrait du Bulletin de la Commission Départementale d`Histoire
et d`Archéologie du Pas-de-Calais
La période qui suit immédiatement la Guerre des Gaules demeure bien méconnue dans la région Nord-Pas-de-Calais. Le chantier d`Actiparc nous permet seulement de suivre l`évolution d`un domaine celtique, mais aussi de percevoir concrètement les mesures prisent par Rome pour une mise en valeur des conquêtes césariennes et leurs conséquences sur l`exploitation du territoire atrébate. L`installation précoce dans les années 40 avant notre ère d`un poste militaire de part et d`autre du chemin d`accès au domaine celtique marque avec force la volonté du conquérant de contrôler les lieux.
Le fortin et ses annexes

Il est constitué d`une levée de terre palissadée de 5 m d`épaisseur, doublée d`un fossé ininterrompu de 5 ù de large et d`une profondeur de 2,80 m. La fouille a permis d`individualiser au moins deux états. La première phase se concrétise au sol par deux rangées de structures implantées perpendiculairement au rempart ouest. Il pourrait s`agir de vestiges de casernes réalises en matériaux mixte en bois pour l`hébergement des officiers et sous tente pour les hommes de troupe. Ce premier état est probablement à mettre en relation avec la création du fortin.

Lors de la seconde phase, on construit deux bâtiments de bois de 35 m de long disposés parallèlement aux côtés est et ouest du fortin. Un puit de 20 m de profondeur et des tours d`angle ont également été retrouvés, mais il nous est aujourd`hui impossible de les attribuer à l`un des deux états en particulier. A l`extérieur du camp, on renforce la protection avec la réalisation d`un deuxième niveau de défense caractérisé par une palissade solidement ancrée dans le substrat qui protège la face Est du fort.

Vue aérienne des fossés du fortin en cours de fouille (Altimage)
Lors de la seconde phase, on construit deux bâtiments de bois de 35 m de long disposés parallèlement aux côtés est et ouest du fortin. Un puit de 20 m de profondeur et des tours d`angle ont également été retrouvés, mais il nous est aujourd`hui impossible de les attribuer à l`un des deux états en particulier. A l`extérieur du camp, on renforce la protection avec la réalisation d`un deuxième niveau de défense caractérisé par une palissade solidement ancrée dans le substrat qui protège la face Est du fort.
La zone militarisée s`étend, toutefois, bien au-delà du fortin et des défenses avancées. Elle intègre notamment le dépôt de vivres, qui comprend dans son enclos palissadé d`un hectare, plusieurs dizaines de greniers ainsi que le hameau construit à l`emplacement de l`habitat principal laténien. Ce groupe d`habitats à vocation artisanale est placé derrière une palissade quadrangulaire de 240 m de long sur 130 m de large. La voie qui traverse le complexe militaire du nord au sud est dotée sur son côté Est d`une palissade destinée à faire converger les passants vers des points de passage obligés. Un petit établissement thermal est construit sur le bord du chemin à mi-distance du fortin et du village.
A Actiparc, les témoignages laissés par les hommes dans le registre du ou des traitements de leurs défunts, permettent de retracer l`évolution des pratiques funéraires du IIIe siècle avant J.-C. jusqu`à l`aube du Bas-Empire. Ces vestiges se répartissent en 22 lieux de sépultures et ils totalisent 130 faits archéologiques. Evidemment, il s`agit de sépultures pour l`essentiel, mais aussi de structures plus originales que l`on peut d`ores et déjà intégrer aux nombreux gestes et comportement qui fondèrent les rites funéraires de la fin de l`Âge du Fer jusqu`au IVe siècle de notre ère.

Dessins des principaux objets métalliques attribuables à une occupation
militaire du fortin
Le poste fortifié du complexe militaire possédait un lieu de sépulture situé à l`extérieur des fortifications dans un secteur qui semble être resté vierge de tout aménagement défensif. Un groupe de 5 tombes était protégé par un petit enclos s`ouvrant au sud-est. Ces tombes sont exceptionnelles, tant par leur état de conservation et la qualité du mobilier d`accompagnement que par la possibilité qu`elles offrent aujourd`hui de caractériser l`origine militaire de ces ensembles, en dépit du fait qu`elles soient totalement dépourvues d`arme ou de tout autre équipement lié aux militaria. On peut ainsi retenir que les officiants ont creusé avec soin des fosses carrées aux parois parfaitement verticales et à fond plat. L`existence d`un coffrage de bois est attesté dans 3 cas au moins. Les ossements incinérés sont déposés dans des contenants périssables, rigides ou non. Les dépôts viatiques (photo 01), remarquablement conservés, attestent de la présence de demi cochons ou parfois de poulets, dont l`un fut placé dans une grande assiette, les ailes déployées et la tête tranchée.

Vue du fossé du fortin en cours de fouille
Une découverte tout à fait remarquable doit être signalée. Il s`agit d`une sépulture contemporaine de la fin de l`occupation militaire, située à 450 m au sud-est du fortin et fermant en quelque sorte le flanc oriental du complexe. Cette tombe était bornée par un enclos ovalaire, dernière empreinte probable du tumulus qui signalait à tous les visiteurs l`emplacement du lieu de la sépulture. La fosse sépulcrale, véritable « chambre funéraire », a été creusée avec soin. Ses dimensions sont de 2 m pour les côtés et de presque un mètre pour la profondeur conservée. On retiendra la présence du couple patère/oenochoé, ainsi qu`une série de coupelles et de tasses en terra rubra.
Mais surtout la présence d`une chaise curule en fer a créé la surprise (photo 02). Avant cette découverte, ce type de siège n`était recensé en Gaule qu`a deux exemplaires (Saintes en Charente-Maritime) et Vismes-au-Val dans la Somme). La présence d`un tel siége peux exprimer soit la présence d`un magistrat municipal (Sella curulis) soit celle d`un officier (Sella Castrensis), mais en définitive elle souligne surtout le statut élevé du défunt, probablement l`un des responsables du complexe pour le Haut Empire.

Vue d`ensemble d`une sépulture à incinération du Haut-Empire dégagée sur le site L (Y. Lorin, INRAP)

Vue de détail d`une partie du dépôt funéraire et de la chaise curule découverts dans une sépulture du Haut-Empire sur le site L (Y. Lorin, INRAP)
La villa Gallo-romaine de la rue des Rosati
Les recherches ont permis de mettre au jour les fondations du bâtiment principal dont la longueur est de 24 m et la largeur de 11,50 m. Il est doté de nombreuses salles et d`une galerie de façade largement ouverte sur la vallée de la Scarpe.
A l`est de cette habitation, une cave aux dimensions modestes (3,50 m x 3,50 m) a été dégagée. Elle comporte sur les faces sud et ouest quatre niches semi-circulaires à plein cintres. L`accès, sous la forme d`un escalier, est situé à l`ouest.
Les céramiques extraient de diverses fosses, supposent une occupation Gallo-romaine dés le Ier siècle après J.-C.
Les objets découverts lors de la fouille, et notamment deux appliques en bronze typiquement militaires, destinées au harnais des chevaux ou à l`équipement personnel du soldat, semble indiquer qu`au IVe siècle un colon militaire se soit installé en ces lieux.

Cave Gallo-romaine et détail des niches
Le domaine agricole Gallo-romain du lieu-dit « Les Fontaines »
Jusqu`à la fin du IVe siècle, les grands domaines agricoles dominent dans l`environnement Immercurien. Ces exploitations alimentent de leurs produits la ville toute proche de Nemetacum (Arras).
C`est en mai 1995 que le Service Archéologique d`Arras met en évidence les vestiges d`une exploitation agricole créée au début de l`époque Augustéenne (63 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.). Elle est implantée à l`intérieur d`un réseau de fossés. Dés la seconde moitié du Ier siècle, le bâtiment principal est réalisé en maçonnerie. Un grenier, deux caves puis un balnéaire édifié au Bas Empire permettent de suivre l`évolution des rites funéraires pratiqués en milieu rural pendant les quatre premiers siècles de notre ère.

Etablissement indigène du Ier siècle avant J.-C. et son évolution à la période Gallo-romaine
